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Jean Vedruns LE MOULIN DE BOURSCHEID Chroniques familiales et événements historiques DANS notre premier fascicule, M. Jules Vannérus a analysé une pierre armoriée se trouvant encastrée dans un mur du moulin de Bourscheid et montrant les armoiries - deux écus ovales accolés portant chacun les 3 coquilles des Metternich surmontés d'une couronne - des époux Ch.-Gaspard, baron de Metternich et sa femme Sophie-Thérèse, baronne de M. fille et héritière à Bourscheid de W61fgan-g-Henri de M. et d'Anne-Marguerite de Schoenborn. Mariés le 19 novembre 1691, ils avaient fait reconstruire le vieux moulin banal en 1714, comme cela ressort des chiffres figurant sur la pierre en question. Nous ne saurions préciser si l'emplacement du moulin banal des premiers temps du moyen-âge était le même que celui du moulin actuel. Nous savons cependant que le moulin construit en 1714 a pris la succession de plusieurs autres s'élevant sur un bief dérivé de la Sûre et que les conditions assez onéreuse auxquelles l'exploitation de ce moulin était laissée aux fermiers afférents devaient être :sensiblement les mêmes durant tout l'ancien régime. Voici d'ailleurs une partie de l'acte de 1748, par lequel l'exploitation du moulin passa en d'autres mains. Le 15 juin 1748, Hanns Jakob Tesch, officiant des terres de Bourscheid, fondé de pouvoir du baron de Metternich, seigneur de cette seigneurie, maréchal héréditaire du duché de Luxembourg et du comté de Chiny, laisse à Mathias Dreis (Trees, Treis) et à sa femme Elis., meunier à Erpeldange, «die unter dem schloss dahier zu Bourscheldt liegende frey adeliche bahnn muhllen, -sambt darzu von alterss zugehörigen gartteti u. aisementen, wie die vorrige milhler solche genossen haben» pour 12 années commençant à la St. Etienne prochaine ....à condition «dass Er bestehende sotliane mühllen in statu quo, nach gehaltener visitte underhalten und bey eridigung dess bestândtnus, wieder lieberen solle, undt dass darzu gehörige mühllen wehrr in der Sauren gegen ahnschaffung der materialen und geniessung der darzu gehörigen handt undt spann diensten (die welche die drey dörffer Hoscheidt, Bürden undt Michellauwen zu Thuen schuldig seint) auf seine Kösten undt fahls nöthig ganz oder en parte neuw erbauen und in guttem standt underhalte, und denen fröneren bei alzeittiger leistung ihrer diensten zur mühllen den kosten wie vor alterss gebr£äuchlich auss den seinigen unergetzlich hergebe u. dass auff dass schloss Bdt. oder eine bahnn meillen wegss weith auf seine angst u. kösten acht tag vor oder nach Martini Tag oder später (wan es verlangt wirdt) ahn gutten wohlgewanten marckgebigen korren libere 19 ½ ml. korren, Viander massen; dannoch solle er bestender selbige ergezlichkeit haben wegent der streitigkeit deren gebäuten von Hoscheidt, gleich der abgestandener mühller, nemblich 2 ½ ml. korren, u. dass biss dahin diese streitigkeit wirdt ausgemacht sein. Benebent diesem solle er bestender noch jährlichss liberen 1 ml. gutten haber mehl, 4 pfundt gewürz, halb pfeffer u. halb jinber, 45 stück lang fisch von einem pfundt zum wenigsten dass stück, oder falhss er selbige nicht liberen könte für jederes stück 8 stüber, U. nach gelilberten 45 stück lang fisch solle er doch keine verkauffert dürffen, ohrie die herrschaft oder beambten zu vorin ahn zu fragen ob sie kein verlangen, u. im fahl verlangt werden für allen anderen die praeferentz haben sollen. item ein bock von 2 ½ schilling, 100 euer u. 12 species reistaller ahn statt einess mühllen schwein.» Suivant les conditions auxquelles devra satisfaire le nouveau fermier du moulin, dont celle de moudre toutes les céréales dont le château aura besoin, en temps de crue des eaux, d'opérer le transport des grains et du blé des habitants de Hoscheid jusqu'à Lipperscheid et le passage des employés du château, admodiateurs temporaires et huissiers éventuels, de ne tenir pas au-delà de 12 bêtes à cornes et 12 porcs devant partager les pâturages de ceux du château, de scier gratuitement le bois dont le châtelain aura besoin, de pratiquer la pêche dans le seul intérêt du seigneur et de son officiant, sans avoir le droit de vendre du poisson à son profit. Le document est signé par les témoins: le rév. J. Tintinger, vicaire; François Lais, admodiateur; J. J. Tesch, Mathels Trees, Heinerich Trees, J. B. Tintinger, prêtre et F. Leo. Quant aux destinées de cet immeuble et de ses dépendances depuis lors, voici ce que nous avons pu trouver dans les archives familiales conservées dans ce moulin. Le 3 mars 1812, F.-Jul. Vannérus, notaire à Diekirch, au nom de François-Joseph de Schmidtbourg, rentier et propriétaire de la terre de Bourscheid et résidant à Gmünden, département de Rhin-et-Moselle, procéda à la vente publique au plus offrant et derniers enchérisseurs d'une partie des biens situés au dit «Bourchette» et bans circonvoisins. Le moulin de Bourscheid avec ses dépendances fut adjugé à Frédéric Kremer, laboureur à Alschette (Alscheid), canton de Wiltz, pour la somme de 10.302 fr. Comme Fréd. Kremer était le gendre de Bernard Mathieu d'Alscheid et que celui-ci s'était porté garant lors de la vente, comme, d'autre part, les frais d'acquisition du moulin, auquel, le 4 février 1813, en étaient venus s'ajouter d'autres provenant de l'achat de plusieurs bois, haies et terres, devaient être payés en 5 termes égaux à partir du 1 mars 1813, Bernard Mathieu et son gendre Frédéric Kremer, meuniers à Bourscheid, signèrent le 27 avril 1813 un contrat d'association suivant lequel B. Mathieu promit de payer le moulin acheté par son gendre et, pour y suffire, de vendre ses biens à Alscheid. Ils décidèrent de commun accord de former à eux deux une société dont le moulin et ses dépendances constitueraient le capital, qu'aucun des deux sociétaires ne pourrait rien entreprendre sans l'assentiment de l'autre et que cette association Prendrait fin à la mort des deux contractants, qu'après la mort de B. Mathieu le contrat de mariage de F. Kremer et de la femme Marie Mathieu du 1 septembre 1809 entrerait en vigueur et qu'alors le moulin serait la propriété exclusive des jeunes époux. Il est intéressant de constater que les deux associés s'obligent dans le même contrat à donner en mariage à chacun de leurs enfants une dot (heiligsgab und abstand) de 300 reichsthaler «comme cela est de tradition dans le pays». Cela n'alla pas tout seul cependant et on put voir cette fois comme en tant d'autres que nos Ardennais ont la tête près du bonnet. D'un compromis passé entre les deux associés et daté du 20 février 1818, il résulte que B. Mathieu a avancé pour le payement du moulin et de ses dépendances la somme de 12.342 fr. et que Fr. Kremer conclut à la dissolution ;de la société par eux conclue et à la liquidation en conformité avec la déposition des experts à désigner de gré à gré ou d'office. Le 10 mai 1819, le notaire Fr.-Jul. Vannérus de Diekirch reconnaît avoir reçu de Marie Mathieu, veuve de Frédéric Kremer, décédé le -21 février de la même année, la somme de 10.302 fr. pour les biens acquis le 5 mars 1812 et le 4 février 1813. Nous apprenons encore que Marie Mathieu, veuve de Frédéric Kremer depuis le 21 février 1819, épousa en 1820 le meunier Pierre Mersch, (+ 16 déc. 1846), que Fréd. Kremer et Marie Mathieu eurent deux enfants, Claire, qui, en 1838, épousa le meunier Pierre Blum de Schutbourg et Nicolas, qui, en 1844, épousa en premières noces Marie Mersch et, en 1851, en secondes noces, Joséphine Welter, dont il eut 6 enfants. Nicolas et Claire Kremer moururent en 187(), le !premier le 19 janvier, la seconde le 11 août. A la date du 7 février 1825, par acte passé devant le notaire Suttor d'Ettelbruck, Bernard Mathieu et son second gendre affermèrent leur moulin a Jean Hirsch de Michelau pour la durée d'une année. Le 6 septembre 1.836, dans l'étude du notaire Salentiny, dépositaire des minutes (le feu le notaire Suttor, Bernard Mathieu assisté de son gendre Pierre Mersch, meuniers domiciliés au moulin de Bourscheid, vendent en faveur de la Société du Luxembourg, représentée par Charles Duwelz, sous-agent domicilié Ettelbruck, en vue de l’acquisition de terrains nécessaires à la canalisation de la Sûre une partie des prés, jardins et parcelles de terre acquises en 1812. Les vendeurs cèdent à la Société le droit de passage par la cour du moulin pour les chevaux de halage et le conducteur. Cette vente fut faite pour la somme de 2300 florins payée comptant. Les vendeurs auront la jouissance des terrains vendus jusqu'à l'époque du commencement des travaux à l'une des écluses en 88 et 89, sans toutefois que ce droit puisse entraver en rien le transport ni le dépôt des matériaux destinés à la construction les écluses. Or, comme par suite des événements politiques, qui avaient en 1839, séparé les deux Luxembourg, le canal en question ne fut pas achevé, la <Grande Compagnie du Luxembourg», qui avait pris la succession de la «Société du Luxembourg», procéda à la liquidation des biens qu'elle possédait. Dans la vente publique du 18 septembre 1848, et qui eut lieu dans l'étude du notaire Didier Hollenfeltz de Diekirch, Nicolas Kremer, meunier au moulin de Bourscheid, racheta, pour la somme de 4400 fr. une partie des terrains vendus en 1836. En 1854, Nicolas Kremer est autorisé par l'Administration des travaux publics à établir un nouveau barrage dans la Sûre en amont de son moulin d'une longueur d'au moins 80 m et haut de 0.80 m, avec défense de mettre sur ce barrage des «haussettes» ou des épines ou toute autre chose pouvant empêcher le libre écoulement des eaux. Il est encore spécifié dans la lettre du 8 juin 1854 que le canal de prise d'eau ne pourra avoir une section supérieure à 2,05 m, que la construction d'une voûte formant ponceau devra être exécutée en bonne maçonnerie «afin de ne pas interrompre la communication entre les villages de Lipperscheid et de Bourscheid et qu'enfin les deux nouvelles roues à construire auront un diamètre de 4 m et une largeur de 0,80 m au plus. Le 13 janvier 1870, six jours avant sa mort, le directeur général de la justice Vannérus autorisa le meunier Nicolas Kremer à maintenir le nouveau gué qu'il a établi au bout de sa prairie du côté de la «Bramühle, à condition que l'ancien gué existant entre son «usine» et le village de Michelau soit maintenu. Il résulte de ces quelques données, qui, avec d'autres qui figurent dans les archives du moulin de Bourscheid, que les familles Mathieu, Mersch et Kremer sont entrées en possession de l'ancien moulin banal de Bourscheid en 1812, que le bâtiment actuel date de 1714 et qu'avec ses 225 ans d'existence, il est un des édifices les plus vénérables de nos campagnes. Portant les armoiries des Metternich de Bourscheid, qui rappellent son ancienne noblesse en même temps que les servitudes d'antan, il a mérité que nous nous arrêtions quelque temps devant ce témoin d'un passé lointain et d'un régime disparu. D'autre part, il faut constater que le vieux moulin de Bourscheid s'apprête à subir des destinées quelque peu différentes de celles qui furent les siennes depuis tant de siècles. Les minoteries industrielles tuent les petits moulins «à eau et à farine», pour reprendre, en le transformant un peu, le terme qui figure dans l'acte de vente du moulin cher à Alphonse Daudet. Mais les Kremer du moulin de Bourscheid n'ont pas eu besoin de recourir aux subterfuges de maître Cornille, puisque, de meuniers et de fermiers qu'ils étaient, et tout en restant un peu l'un et l'autre, ils se sont faits hôteliers et restaurateurs et que, contribuant à attirer et à retenir dans cette région désormais vouée au tourisme les voyageurs friands de beautés naturelles, ils sont devenus les propagateurs d'une des plus importantes de nos industries nationales.
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